
La mauvaise idée de Manny Pacquiao
Dans l’œil du matchmaker
Par Vincent Morin
Pour un boxeur, le plus difficile est d’accepter que le temps soit venu de se retirer. Hors du ring et de l’adrénaline que le combat peut procurer, il y a une sensation de vide. C’est pour cette raison que plusieurs pugilistes décident de revenir dans l’arène, même s’ils ne sont plus que l’ombre du combattant de jadis, risquant ainsi leur santé dans leur mélancolie. C’est le syndrome du « combat de trop ».
Les réflexes n’y sont plus. La vitesse, le temps de réaction et le sens du timing, évaporés par les années. C’est encore plus vrai pour les gladiateurs de petits poids, où la puissance joue un rôle moins important que dans les catégories plus lourdes.
Le Philippin Manny Pacquiao (62-8-2, 39 KO) a annoncé ce matin effectuer un retour à l’âge de 46 ans et pas pour une exhibition ou face à un piètre rival : il se battra pour le titre mondial WBC des mi-moyens (147 lb) contre l’actuel champion, le Texan Mario Barrios (29-2-1, 18 KO), âgé de 30 ans, le 19 juillet au MGM Grand Arena de Las Vegas.
Champion du monde dans six divisions (112 lb, 122 lb, 130 lb, 135 lb, 147 lb et 154 lb), le gaucher répondant au sobriquet de Pacman n’a absolument plus rien à prouver dans un ring de boxe et est une figure populaire dans son pays. Il s’est lancé en politique, où il a été Sénateur aux Philippines de 2016 à 2022, en plus d’être promoteur de la firme MP Promotions depuis 2006.
Il a sous la cravate 72 combats professionnels dans sa longue carrière, qui a débuté dans l’obscurité en 1995, à l’âge de 16 ans. On parle de 598 rounds dans les rangs payants, où il a affronté la crème de la crème : Floyd Mayweather, Shane Mosley, Miguel Cotto, Oscar De la Hoya, Juan Manuel Marquez (à quatre reprises !), Erik Morales et Marco Antonio Barrera, entre autres.
C’est sans compter ses 64 duels amateurs, trois exhibitions et les très nombreux rounds de sparring. On parle d’usure… de beaucoup d’usure. Il a également subi trois knockouts brutaux chez les professionnels, le dernier contre Juan Manuel Marquez en 2012.
Lors de sa dernière présence dans le ring, le 21 août 2021, il a été battu par décision unanime en 12 rounds par le Cubain Yordenis Ugas, dans un affrontement où il a démontré un net ralentissement. Il a annoncé sa retraite après ce revers.
Curieusement, Ugas a par la suite perdu sa ceinture contre Mario Barrios en 2023, dans un choc où il a visité le tapis à deux occasions.
Il s’agit donc d’une tâche colossale. Pacquiao aura fort à faire s’il compte vaincre un champion dans la fleur de l’âge. Il voudra faire oublier sa dernière performance contre Ugas.
Depuis ce revers, le Philippin a effectué deux exhibitions où il n’a pas particulièrement bien paru. Il a d’abord vaincu le combattant d’arts martiaux mixtes (AMM) sud-coréen DK Yoo par décision en six reprises en 2022, avant de faire trois rounds (sans décision) face au champion de kickboxing K1 japonais Rykiya Anpo en juin dernier.
Pour moi, l’idée d’affronter un champion du monde comme Barrios à 46 ans avec autant d’inactivité est une très mauvaise idée. Il s’agit du combat de trop.
George Foreman a réussi un retour après une absence de 10 ans et est bel et bien redevenu champion à l’âge de 45 ans. Il a toutefois eu plusieurs combats contre des rivaux inférieurs pour le préparer avant d’affronter Evander Holyfield et éventuellement, Michael Moorer pour les titres WBA et IBF.
Bernard Hopkins a été champion du monde jusqu’à l’âge de 49 ans. Il a toutefois passé sa vie dans le gymnase, a toujours été actif et a dédié son existence à la boxe.
Roberto Duran est revenu sur les rails à de nombreuses reprises. Sugar Ray Leonard a réussi son retour contre Marvelous Marvin Hagler.
Plus près de nous, Jean Pascal nous a habitués à ne jamais prendre un vétéran pour acquis, avec plusieurs victoires spectaculaires lors de combats de retour où il n’était pas le favori.
Les yeux seront rivés sur les écrans le 19 juillet pour y voir une autre histoire de succès. L’athlète phénoménal et légendaire qu’était Manny Pacquiao appartient toutefois au passé. Tout comme pour Mike Tyson, les partisans nostalgiques vont s’accrocher à l’idée qu’il peut encore choquer la planète boxe.
Tout peut arriver dans la « Ville du Vice ». J’espère simplement que Pacman ne sera pas sérieusement blessé et que son clan, mené par l’illustre Freddie Roach, lancera la serviette avant qu’il ne soit trop tard.
En 2025, la place de Pacquiao est au Temple de la Renommée de la boxe. Pas dans le ring.
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